Carrousel et train de vie

        

Éblouie par les lumières, les chevaux, la musique ;  toutes ces vives couleurs, elle grimpe au carrousel. 

Sans cesse, elle y retourne. Remonte en selle. Change de monture. Passe de l’une à l’autre. 

D’un cheval à l’autre, elle a l’impression de fuir. Quand elle se lasse de l’un, elle va vers l’autre. 

Inévitablement, ce dernier la tanne ou la déçoit aussi (après tout, tout en tournant, ils ne font que du sur place…). Elle change et change de montures, de plus en plus lassée de ces chevaux toujours pareils et égaux à eux-mêmes, égos à eux-mêmes… 

 Elle tourne et y retourne. 

Ils tournent, tournent, tournent et l’étourdissent.

 Et passer de l’un à l’autre lui donne l’illusion qu’ils s’améliorent ; qu’elle s’émancipe… 

 Ils se complètent et se prolongent les uns dans les autres, tous si semblables et différents à la fois…

 Tous refusent de changer, ne serait-ce que d’un seul iota!

 Ils sont pièces de musée ; pièces de collection.

 Immuables. Immobiles dans leur circularité.

 Tous attachés. Tous reliés. Chacun son poteau. Chacun sa place. Chacun tournant sur la même piste circulaire. 

Elle monte et descend, monte et descend, monte et… descend.

  Elle quitte la gare. Prend le train qui part. Se laisse emporter au loin sur ses rails. Loin. Vers l’inconnu. Choisit son siège, sa cabine. Des destinations tantôt prévues et tantôt imprévues. Elle va quelque part, enfin. Trouve sa voie. Quitte à en changer en cours de route, mais s’en-ga-ge. Sur une seule voie, vers une destination X. Mais toujours toutes ces voies qui s’offrent à elle ; après tout, petit train va loin… Elle trouve un compagnon de route, ensemble choisissent  leurs destinations. Hésite, se trompe, recommence. Mais avance. Enfin, avance. Ne fait plus du sur-place. Ne tourne plus en rond. Elle se laisse emporter vers ailleurs, enfin!

Entre l’illusoire  « sécurité » du carrousel qui ne la conduit nulle part, qui la blesse toujours aux mêmes endroits, tout en lui faisant perdre son temps en toute circularité et l’extraordinaire aventure ferroviaire de la vie qui va par en avant, ailleurs, plus loin, elle a choisi l’infini du rail et sa linéarité.

Finis les risques connus, trop connus du splendide carrousel…

Vive les aventures imprévisibles du train! Parce que prendre le train en marche sans jamais savoir où il nous emportera, c’est vivre enfin ; perdre ses repères et y aller. Parce qu’à trop tourner en rond, on se perd à soi-même… sans jamais aller nulle part.

 

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