Siamoises d’idées

Les amitiés virtuelles existent-elles? Connaît-on vraiment quelqu’un à qui l’on ne parle que « via les internets »?

Je ne sais pas. Il y a de ces fréquentations que l’on apprécie et qui, comme Alice au Pays des merveilles, se situent de l’autre côté du miroir ; on a peur d’y aller voir…

Quoi qu’il en soit, j’ai eu de fortes émotions quand, ce mercredi, je me suis retrouvée à l’urgence avec mon amoureux qui tapait le 200 de pression avec une douleur sourde au bras gauche… Comme il est, de plus, médicamenté depuis 8 ans pour un problème d’hypertension grave, et que nous avons eu une année tourmentée doublée d’un été où les arbres nous sont littéralement tombés sur la tête, j’appréhendais à la fois, le pire et/ou son contraire ; je suis une réaliste froide et analytique doublée d’un optimisme à toute épreuve… Ce n’est pas toujours facile!

À l’hôpital, où nous n’avons PAS attendu (et  c’est là que tu te dis que ça doit aller vraiment, mais alors là VRAIMENT mal), pendant qu’on branchait, perfusait, électro-cardiogrammait, prise de sanguinait, et tout et tout, mon amoureux, le hamster dans la roue de mon cerveau n’arrêtait plus de tourner à une vitesse folle. Car, on a beau être optimiste, ça ne nous protège pas de l’évidence et, quand on a parlé de le monter aux soins intensifs parce que l’électrocardiogramme montrait des aplatissements anormaux inquiétants, la rationnelle-logique-pratique que je suis n’a pas eu à se le faire expliquer deux fois avant de s’énerver franchement… Puis, revirement inexpliqué de la situation, on le monte à l’étage avec un moniteur cardiaque branché (lui) au soins intensifs… Ça va mieux? Ou il n’y a plus de place et ils font ce qu’ils peuvent??? Mystère. 

Avant de monter, derrière le rideau qui fait office de cloison, un jeune adulte (20 ans à tout cassé?) lutte contre la méningite qui s’est développée après avoir contracté le virus du Nil. On lui a fait, sous nos oreilles (si, si, pas sous nos yeux, puisqu’on n’a rien vu, mais on a tout entendu, alors…), une ponction lombaire pour laquelle on a dû recommencer 6 fois (?) avant d’y parvenir… C’est une opération délicate et extrêmement difficile tout autant que douloureuse, y assister, même si ce n’est que pour en être simple auditeur, est un véritable supplice, alors, avec un peu d’imagination, de compassion et d’empathie… je ne vous dis pas l’horreur. Les parents, inquiets, tendus et nerveux, à juste titre, qui se voient refuser l’accès à leur enfant qu’ils entendent souffrir avec une fièvre carabinée? Intenable.

Et mon amoureux, qui est là, entend tout ça en songeant à ses propres enfants et dont la tension monte, encore(faut-il s’en étonner!!!) à 219… Je tente de rester calme. Appelle nos enfants, les texte, tour à tour, même si je les sais ensemble, pour les tenir au courant des développements. Dire les choses calmement, même si je sais que je ne dupe personne, résumer, attendre de voir…

Puis, au moment où on décide de monter mon amoureux à l’étage pour la nuit, on apprend qu’il ira dans une chambre, alors que j’ai déjà dit aux enfants qu’il monte aux soins intensifs, ils arrivent. On les voit qui marchent, raides et empruntés, tendus, loin devant la civière, leur père crie leurs noms, ils se retournent et viennent vers nous, tentent  vainement de sourire à leur papa. 

Il est 10h PM. La dame qui partage la chambre ronfle comme une locomotive emphysémateuse. Les enfants restent un peu, laisse le petit bagage préparé pour leur père, et retourne  la maison, un sourire angoissé sur les lèvres.

Je reste. Incapable de partir. Malgré les exhortations de l’infirmière de nuit qui, prenant mon numéro de téléphone, me dit d’aller me reposer chez moi, je m’installe là, dans le fauteuil, décidée à y passer la nuit. Par peur de partir et que survienne le pire, je reste, pour conjurer le sort.

Le lendemain,  en début d’après-midi, on rencontre le médecin des soins intensifs. Celui qui a lu les rapports de la nuit. Selon lui, après examen, la douleur au bras est due à un effort physique parce que continue puis estompée et non fulgurante et sporadique. La très haute pression, elle, est due à la nécessité d’un réajustement de médicament. En autant qu’on parvienne à la contrôler, il n’y a rien de dramatique à redouter. La cardiologue nous confirme qu’il n’y a pas de trouble cardiaque selon elle. On nous signe son congé en nous donnant prescriptions et examens complémentaires à passer subséquemment. Et, retour à la maison, soulagés, où les enfants attendent leur père comme le messie.

J’ai une tension de jeune fille, au grand dam de mon amoureux qui semble, pourtant infiniment plus zen que moi. Or, que je lui dis, c’est justement parce que moi, je crie, j’insulte, je vocifère, je dis mes quatre vérités, j’exagère, j’extrapole, j’insupporte que je ne suis pas tendue! Je laisse sortir le venin. Alors que lui, louvoie, s’autruche la tête dans le sable, s’enferme les problèmes dans la garde-robe des idées, s’atrophie les catastrophes en sifflotant gaiement ; tout va pour le mieux Madame la Marquise! Lui, le doux gentil fait de l’hypertension, la mégère crachotante que je suis se porte comme un charme! Allez donc y comprendre quelque chose? Je puis lire, comprendre, échanger sur les pires atrocités sur lesquelles je hurle à plein poumon. Je veux tout savoir, même le pire parce que, allez savoir pourquoi, ça me rassure de comprendre et d’être renseignée, alors que lui sent le besoin de se protéger de tout, tout en ne supportant rien et en en souffrant infiniment plus. D’où ma conclusion qu’il ne se révolte pas assez tout en endurant trop. 

Et c’est là que je tombe sur une longue lettre de Lu adressée à Rose où elle se vide le coeur de ses mille et une colère? Lu, que je ne connais que via les internets, ma siamoise et sa juste colère éclatée? Vivement que l’on se fasse des fiches comparatives de pression! Je parie qu’elle me talonne et que sa tension se porte comme un charme elle aussi!

 

 

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Une réflexion au sujet de « Siamoises d’idées »

  1. Et je me dis : « Ce qui ne sort pas, pourri ! Alors, je sors ça ! Vroum, Vlan, pogne ça la vie ! Hier, midi, j’ai dit à Denis : « Arrête de l’excuser et de dire qu’à sa décharge… » Lui, c’est un gars qu’il faut que tu haïsses dans ta vie… haïs-le ! Ça finit là… haïr, c’est dans le dictionnaire. Vis-le et calme-toi ! Je suis certaine que les solutés ont r’volé dans ta tête… Que les stétoscopes ont fondu et que les dossiers ont pris en feu !!! Ho Yeah ! Là, on peut aller faire notre Yoga ma belle… les singes de nos pensées de sauteront plus de branches en branches… C’est une richesse ! Bon samedi près de l’eau clair ! Lu

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